Le mot de Mireille sur Tigane

J’avais l’habitude de dire que le plus grand livre de Guy Gavriel Kay pour chacun est celui qu’on a lu en premier. Pour moi, Tigane. Cela dit, j’ai pris une claque telle en relisant Les lions d’Al-Rassan début 2017 que je ne dirai plus rien de la sorte.
Dans tous les romans de Kay, on assiste au moment d’apothéose d’une civilisation et à son effondrement par un jeu de circonstances et de dominos. Les personnages y sont confrontés à des choix qui déterminent non seulement leur destinée mais celle d’un peuple, avec pour figures emblématiques : l’homme poète, diplomate et soldat, et la femme émancipée.
Il en résulte des textes d’une force émotionnelle folle, appuyée par un principe narratif du faux-semblant dans lequel Kay excelle – on doute si souvent de ce qu’on lit… – et qui plonge le lecteur dans la même confusion et passion que les personnages pour lesquels on craint une échéance fatale.
Dans Tigane, sur la plus haute marche, je place Dianora, infiniment amoureuse et intrigante.

Pourquoi de nouvelles éditions ?
L’œuvre de Kay en France a été disséminée à la fin des années 1990 et début 2000 chez plusieurs éditeurs (L’Atalante, Buchet-Chastel, J’ai Lu), puis les droits d’exploitation n’ont pas été renouvelés. Le fait de publier Les Chevaux célestes et Le Fleuve céleste nous a remis en contact avec les agents de l’auteur, et on nous a accordé pour notre plus grand bonheur – et quelque menue monnaie – de re-publier Les Lions d’Al-Rassan, Tigane, La Chanson d’Arbonne et les deux volumes de La Mosaïque de Sarance (que nous ferons retraduire par Mikael Cabon, bien sûr).

L’histoire d’un titre
Le titre de la version originale, parue en 1990 en langue anglaise, est Tigana. Pourquoi ne pas l’avoir gardé ? Eh bien, figurez-vous qu’en 1998, Jean Tigana – brillant joueur de football des années 80, devenu entraîneur de renom – était si célèbre que cela nous a paru aussi impossible que d’appeler aujourd’hui un livre Ronaldo ou Zidane, à moins de vouloir attirer les amateurs de foot…

La Province-Dont-On-Ne-Peut-Pas-Entendre-Le-Nom
Dans une Italie de la Renaissance alternative (deux lunes gravitent autour du monde et la sorcellerie est active), la Palme, péninsule divisée en plusieurs provinces, ne résiste pas aux deux puissances venues l’envahir, tant par les armes que par l’usage de la sorcellerie.
À l’ouest de la Palme a surgi Brandin d’Ygrath et à l’est Alberico de Barbadior. Seule une province offre une réelle défense : la Tigane. Au point que le prince Valentin, lors de la mémorable bataille de Deisa qui fait l’ouverture du récit, tue le fils de Brandin d’Ygrath. Toutefois ce dernier, finalement, l’emporte, Valentin de Tigane est fait prisonnier, ses deux fils tués, et Brandin, fou de rage et sorcier de son état, soumet la Tigane à une terrible malédiction : elle s’appellera désormais la Basse-Corte, son nom ne sera plus jamais reconnu de ceux qui n’y sont pas nés avant cet affrontement, le sorcier l’effaçant de toutes les mémoires et éradiquant ce qui faisait sa culture.
Dans les neuf provinces de la Palme, un réseau s’est tissé, d’anciens habitants de la Tigane et de partisans du refus de l’occupation. Les principaux vecteurs d’informations et du développement de cette cause sont les marchands, les artisans et les troubadours.
Les architectes de la résistance sont le prince Alessan de Tigane, fabuleux flûtiste, et son ami Baerd, fils de sculpteur et luthiste – trop jeunes pour aller au combat à l’époque de la bataille de Deisa, ils ont été emmenés dans un pays au sud de la Palme pour échapper à la répression. Leur projet : ne pas se venger de Brandin d’Ygrath seul mais éliminer les deux tyrans au même moment pour permettre à la péninsule entière de recouvrer sa liberté et la mémoire du nom de Tigane.
S’ensuit l’élaboration d’un plan fabuleux qui mêle alliances improbables, complots, trahisons, actions de guérilla et amours fous. Alessan lui-même n’a pas toutes les cartes en main, et les forces adverses dépassent l’entendement, en particulier la situation insensée de la sœur de Baerd, Dianora, devenue incognito la maîtresse de Brandin pour l’assassiner et qui en est tombé éperdument amoureuse…

Le thème du pays occupé – du sentiment d’injustice qu’il engendre et de la vengeance qui en découle – se double de celui de l’annihilation d’une culture. Son traitement, à l’image de celui de l’esclavage chez Ursula Le Guin, peut se lire comme une lutte contre toute forme de domination et le déroulement d’une lutte de libération.

Un peu de littérature comparée
Kay est à la fantasy historique ce que Pratchett est à la fantasy burlesque. Quand Pratchett écrit le premier volume de ce qui deviendra Le Disque-monde, son projet est de prendre le contre-pied de la « mauvaise » fantasy publiée au début des années 80 à coups de seigneurs noirs et autre décorum du genre (cf. in Lapsus clavis, “Un scribouillard importun”) ; de même, G. G. Kay met sa plume et sa soif de culture au service d’une forme qu’il veut sortir de l’« ornière ». Le Disque-monde se nourrit de culture populaire (folklore, sciences et techniques qui changent le quotidien) et dresse au fur et à mesure une vie de la Cité ; dans les livres de Kay, la « grande » Histoire est convoquée, les arts sont à leur sommet, les individus se dépassent, les émotions et les sacrifices sont grandioses.

Pourquoi falsifier l’histoire ?
C’est le propre du roman, la falsification du réel – la mise en scène de la comédie humaine. Se nourrir de l’histoire mais s’affranchir de son scénario permet un meilleur roman. La fantasy épique est fille de l’épopée. Reproche-t-on à l’épopée de n’être pas exacte ?

Un remède à toutes les morosités : l’hiver au coin du feu ou sous la couette
J’ai l’habitude de souhaiter à tout lecteur de vivre le bonheur et l’intensité d’une lecture d’un livre de Guy Gavriel Kay, et cette habitude-là, je n’y renonce pas. Alors, commencez, comme moi il y a presque 20 ans, par Tigane. Ensuite vous n’aurez que l’embarras du choix : Les Chevaux célestes, Le Fleuve céleste, Les Lions d’Al-Rassan. Délectez-vous, et soyez sans crainte, Children of earth and sky, le dernier roman de Guy Gavriel Kay, est en cours de traduction et sera chez les libraires à la fin de l’été…

Les Chevaux célestes, meilleur roman fantasy traduit

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Les résultats du prix Elbakin.net viennent d’être publiés. Les Chevaux Célestes de Guy Gavriel Kay, traduit de l’anglais par Mikael Cabon, remporte le prix de meilleur roman fantasy traduit. En juin 2014, Elbakin.net qualifiait déjà l’œuvre de « roman fortement empreint de poésie »:

« Prendre comme cadre la Chine de la dynastie Tang (618-907) pour un roman de fantasy, voilà le pari osé de Guy Gavriel Kay dans Under Heaven [titre original]. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un pari réussi. […] Under Heaven [est] un dépaysement assuré et un enchantement pour l’esprit, tant la poésie et la magie qui se dégagent du roman sont fortes. » Gilthanas – Elbakin.net

Retrouvez les primés sur le site Elbakin.net

Les Chevaux célestes pour « les cancres »

 Après la Provence médiévale dans La Chanson d’Arbonne, l’Italie de la Renaissance dans Tigane ou encore l’Espagne du Cid dans Les Lions d’Al-Rassan, Guy Gavriel Kay s’attaque, dans Les Chevaux célestes, à la Chine des Tang.

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Ou plutôt à la Kitai.

Kay s’est souvent expliqué sur les raisons éthiques et artistiques qui le conduisent à intégrer dans des univers fictifs ses intrigues pourtant fondées sur des faits authentiques. Citons son souci de rendre universels les thèmes de la période visitée et son refus de trahir les personnages historiques en présumant de leurs réactions et de leurs sentiments.[1]

Toujours est-il que cette Kitai imaginaire ressemble beaucoup à la Chine des Tang sous l’empereur Xuanzong. J’en vois déjà quelques-uns qui dorment au fond. Pas de panique ! Quelques jalons suffiront à nous éclairer sur le contexte.

La dynastie Tang (618-907 de notre ère) est considérée comme l’apogée de la culture chinoise. C’est une période fastueuse marquée par un formidable développement économique et culturel, par une grande ouverture d’esprit qui permet notamment l’émancipation (certes relative) de la femme et par d’importantes innovations techniques, à commencer par l’invention en 770 de l’imprimerie à caractères amovibles. Comparativement, on peut juger la Chine des Tang nettement plus avancée que l’Europe d’alors.

Prenons nos repères : au moment où commencent les événements historiques relatés dans le roman, en l’an 755, Charles Martel vient d’arrêter les Arabes à Poitiers, Charlemagne n’est pas encore couronné empereur. C’est l’époque des « rois fainéants ». Quant aux techniques d’impression européennes, Gutenberg ne les révolutionnera qu’en… 1454.

An 755, donc. L’empire Tang s’étendait il y peu de la mer de Chine jusqu’à l’actuelle Turquie. De récentes incursions tibétaines l’ont privé de ses conquêtes d’Asie centrale. Il continue néanmoins de couvrir un territoire gigantesque peuplé de cinquante millions d’âmes, soit un quart de la population mondiale.[2] L’immensité de cet empire se traduit par l’expression qu’emploient les Chinois pour le désigner : « sous le ciel ». Le ciel, circulaire, domine la portion habitée du monde. Les contrées non couvertes par le ciel – car la terre est carrée – sont des êtres incomplets, des barbares qui ne méritent pas le nom d’hommes.[3]

Dans un empire aussi étendu, le cheval est vital à la communication et au transport. Sous les Tang, venus du Nord, où règne une forte tradition équestre, on le retrouve partout : dans la cavalerie militaire, bien sûr, mais aussi dans la peinture, la sculpture, la poésie… La mode est au polo et aux chevaux dansants ! Figure centrale de la mythologie chinoise, associé au dragon, c’est un puissant symbole de prestige. Or, la géographie de la Chine, entre les plaines arides du Nord et les terres vallonnées du Sud n’a jamais été propice à cet animal. Le cheval chinois est court sur pattes, ridicule en comparaison des fières montures des steppes septentrionales. Et que dire des magnifiques arabes venus du Couchant ? Ou des coursiers élancés et robustes de la vallée de Ferghana (à l’est de l’actuel Ouzbékistan), dont on dit qu’ils transpirent le sang ? Ceux-là, on n’y va pas par quatre chemins, on les surnomme « chevaux célestes ». Ce sont eux qui motivent les premiers contacts avec l’Occident et l’ouverture des nombreux itinéraires de la route de la soie.[4]

Les marchands étrangers circulent en nombre dans tout l’empire, les richesses affluent. La cour impériale vit dans l’opulence. Le palais de Chang’an, la capitale (l’actuelle Xi’an), est somptueux. Vous avez vu La Cité interdite de Zhang Yimou ? Voilà le décor : l’intrigue du film se déroule à la fin des Tang.

Chang’an est une ville démesurée. On dit qu’elle renferme un million d’âmes dans son enceinte trapézoïdale évoquant le tracé de la Grande Ourse. Le nouveau palais du Daming, au nord-est, est réservé à la famille impériale. L’ancien, au nord, abrite désormais la cité administrative, où œuvrent les mandarins au service de l’État. La ville est par ailleurs divisée en neuf districts regroupant eux-mêmes une centaine de quartiers selon un plan orthogonal. Le secteur nord est le plus riche. C’est là qu’évoluent les aristocrates, les fonctionnaires et les étudiants qui se préparent aux examens impériaux.[5]

Car on n’entre pas si facilement que cela au service de l’État. Il faut prouver sa détermination et ses compétences par le biais de difficiles concours. Il convient en effet de réunir les meilleurs talents pour diriger le pays, cela afin de gouverner par l’exemple. C’est du reste l’une des exigences du confucianisme.

Le confucianisme, le taoïsme… J’en vois plusieurs se recroqueviller sur leur chaise. Toujours les mêmes !

En deux mots (si tant est qu’il soit possible de résumer en deux mots un concept aussi complexe), le confucianisme est une école de pensée censée régir le comportement des individus dans la société par le suivi de nombreux principes articulés autour des notions de hiérarchie, de richesse intérieure et d’harmonie. Il préconise notamment trois vertus : le respect des parents, l’exercice consciencieux de fonctions publiques et la loyauté, l’honnêteté. Garant de la stabilité sociale, c’est le système conservateur ultime !

Le taoïsme, à la fois philosophie et religion, c’est la recherche du Dao, la « voie ». Vision relativiste, naturaliste et libertaire du monde, il met en avant tout ce que rejette le confucianisme : animisme, alchimie, magie, mysticisme d’inspiration bouddhiste… Il fait l’éloge de la passivité, du lâcher prise, de la résignation.

Dans la pratique, nul n’est totalement confucianiste ni totalement taoïste. Il n’est pas rare en effet que nobles et lettrés pratiquent le confucianisme dans l’exercice de leurs fonctions et le taoïsme lors de leurs retraites à la campagne. On pourra d’ailleurs s’amuser, pendant la lecture du roman, à rechercher ce qui relève de l’un, de l’autre ou des deux…[6]

Revenons à notre empereur. On ne plaisante pas avec lui. Véritable dieu vivant, représentant du Ciel sur la terre, il exerce un pouvoir sans partage sur les hommes, qui n’auraient même pas idée de lui désobéir. On le nomme « Fils du Ciel ». Un souverain de droit divin, donc ? Oui, avec une nuance : il ne règne que fort du « mandat du Ciel ». À ce titre, il est responsable d’observer une gouvernance vertueuse, sous peine de perdre l’approbation céleste… et d’être destitué.[7]

L’empereur Xuanzong marque l’histoire de la Chine par la richesse exceptionnelle de la culture née sous son règne. On le surnomme Minghuang, l’« empereur brillant ». Jamais autant de peintres ni de poètes de renom ne se seront côtoyés que sous son égide.

Impossible à ce stade de ne pas évoquer Li Bai et Du Fu.

C’est ce dernier qui inspirera à Guy Gavriel Kay la scène d’ouverture des Chevaux célestes grâce à son fameux Cheminement des chars de guerre[8] (ou Ballade des chariots de guerre, suivant les traductions). Quant à Li Bai, l’« Immortel banni », infatigable voyageur épicurien, chassé de la cour pour avoir humilié un eunuque influent, mort noyé selon la légende pour avoir voulu saisir le reflet de la lune à la surface d’une rivière, il deviendra l’un des personnages principaux du roman.[9]

On se souviendra aussi de l’empereur Xuanzong pour l’amour irraisonné qu’il porte à la ravissante Yang Guifei, sa « concubine favorite ». Musicienne et danseuse accomplie, c’est la plus belle femme de l’empire. C’est paraît-il à elle que l’on doit l’émergence dans la peinture chinoise de dames aux formes, disons… généreuses. D’où son emportement quand Li Bai la compare, dans un de ses poèmes[10], à une hirondelle…

L’histoire, tragique, des amours de Xuanzong et de Yang Guifei est célèbre. Je n’en parlerai pas davantage ici pour ne pas déflorer l’intrigue du roman. Sachons seulement qu’en ensorcelant l’empereur et en favorisant l’ascension de son cousin Yang Guozhong, Yang Guifei poussera à bout le très corpulent général barbare An Lushan (lecteur, souviens-t-en, si le prénom chinois d’An Lushan vient de son nom de naissance, Rokhshan, qui signifie « brillant » en sogdien, des termes mandarins très proches, « ròu shān », pourraient se traduire par « montagne de viande »). De cette exaspération découlera la guerre civile la plus meurtrière de toute l’histoire de la Chine…[11]

Mais laissons Guy Gavriel Kay nous raconter tout cela.

Observez votre mappemonde. Vous voyez ce beau lac bleu au nord-est du plateau tibétain ? Vous le connaissez, c’est le Kokonor. On l’appelle aujourd’hui Qinghai, mais l’auteur lui donne le nom de Kuala Nor. Vous distinguez ces os blanchis qui jonchent ses rives ? Ce sont les dizaines de milliers de victimes des conflits immémoriaux ayant opposé les Tagurans aux Kitans. Approchez-vous, tendez l’oreille. Vous entendez ces gémissements qui montent comme se couche le soleil ? Ce sont les âmes des morts qui se lamentent. Maintenant, penchez-vous un peu. Voyez cette silhouette minuscule, qui pèse sur sa bêche. Il s’appelle Shen Tai. Il s’est donné pour mission de leur offrir le repos…

Mikael Cabon

[1] http://www.brightweavings.com/ggkswords/globe.htm

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dynastie_Tang et http://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale

[3] Marcel Granet, La Féodalité chinoise, éd. Imago (disponible sur http://classiques.uqac.ca/)

[4] http://gilles-cohen-antiquaire.over-blog.com/article-81111737.html et http://www.french.xinhuanet.com/french/2004-05/27/content_854.htm

[5] http://www.ancientworlds.net/aw/Places/Place/325935, http://arts.cultural-china.com/en/83Arts7518.html et http://monkeytree.org/city/build.htm

[6] John Fairbank, Merle Goldman, Histoire de la Chine des origines à nos jours, éd. Tallandier

[7] http://www.chine-informations.com/guide/mandat-du-ciel_4109.html

[8] À retrouver notamment dans le précieux recueil Il y a un homme errant, traduit et présenté par Georgette Jaeger chez Orphée/La Différence.

[9] Li Bai, Sur notre terre exilé, éd. Orphée/La Différence et Li Po, L’Exilé du ciel, éd. Privat/Le Rocher

[10] « Trois chants de mélodie pure et paisible (II) », in Li Po, L’Exilé du Ciel, trad. Daniel Giraud, éd. Privat/Le Rocher.

[11] http://www.ultimes.fr/top/les-10-guerres-les-plus-meurtrieres-de-lhistoire-123/

« Les Chevaux Célestes » d’un certain Guy Gavriel Kay, vous connaissez ?

Non ? … eh bien vous devriez !
Car, si vous êtes arrivés sur ce blog, c’est sans doute que la fantasy ou l’imaginaire au sens large ne vous laisse pas indifférent.
Peut-être même que le nom de Guy Gavriel Kay ne vous est pas totalement inconnu ! Et pourtant, malgré de nombreux romans publiés, l’auteur reste relativement confidentiel en France.

La parution de Les Chevaux Célestes devrait changer cela, car c’est à mon sens l’œuvre maîtresse de Kay, la pure essence de son approche quasiment unique de la fantasy. Et c’est l’usage de la civilisation millénaire chinoise qui a permis un tel chef-d’œuvre, car vous qui cherchez des civilisations étrangères, des coutumes extravagantes et des psychologies différentes, inutile d’aller plus loin.
Notre bonne vieille planète, en plusieurs milliers d’années d’histoire et bien plus de préhistoire, a déjà produit plus de variétés qu’il n’en faut pour nourrir les muses de tous les écrivains de fantasy !
Avec un immense avantage : la profondeur culturelle et historique.

Combien de fois avez-vous entraperçu les étais des décors de carton-pâte de vos fantasy ? Hum ?
Combien de fois vous êtes-vous dit qu’il était décidément bien étrange que vos voleurs, mendiants et autres ruffians favoris soient aussi peu différents de vous ?

Voilà ce qui distingue ce roman.

Restait à éviter l’autre grand écueil auquel doit faire face chaque littérature de genre ; l’attraction de la grande littérature et la négligence des codes du genre. (cf. Fabien Lyraud sur ce sujet).
De ce côté-là, il faut reconnaître que les apparences sont trompeuses ; notre héros s’exprime aisément en vers et les combats les plus difficiles sont des joutes, certes, mais oratoires à la cour de l’Empereur !
Pire encore, la prose de Kay a toujours été élégante et fluide, le tableau est apparemment accablant, non ?

Eh bien, j’affirme ici le contraire.
L’écriture de Guy Gavriel Kay n’est pas une fin et sert son histoire. Quant à l’importance de la poésie dans le roman, apprenez qu’elle correspond à une réalité qui a été et que pour s’élever dans l’univers de la Chine ancienne, tout pétri de valeurs guerrières que vous soyez, vous devez savoir jouer de votre langue comme d’une dague acérée.
Ces combats n’en sont pas moins incroyablement passionnants car, au contraire des combats à l’épée dont les finesses ne nous sont pas accessibles, un combat d’éloquence devant l’empereur nous est parfaitement intelligible !
Souvenez-vous donc du film Ridicule à la cour du roi Louis XVI, et vous aurez une idée des périls qu’encourt notre héros, l’honorable Shen Tai.
Lui qui était simplement parti donner une sépulture aux ossements de la dernière grande guerre de son défunt père…
Un acte perdu au milieu de l’empire le plus peuplé de l’histoire, mais un acte dont les répercussions feront vaciller l’Empire du Milieu.
Quant à toi, lecteur, tu accompagneras Shen Tai au sommet de la vague de changement qui affecte la Kitai et tu te souviendras de la vieille malédiction chinoise :

« Puissiez-vous vivre des temps intéressants. »

 

 

Permettez-moi enfin de remettre notre belle couverture, on ne s’en lasse pas !

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Vous trouverez enfin un échantillon, comme à la parfumerie, ici.

Alain Kattnig

Notre présent est rempli de Chine…

Notre présent est rempli de Chine. Comment le nier, il suffit pour s’en convaincre de retourner presque n’importe quel objet : Made in China, Made in People’s Republica of China et autres faux nez.
Notre présent est donc plein d’objets originaires de Chine, mais nul exotisme ne s’en dégage, objets de consommation de masse, au design local (local, c’est nous), cette Chine-là n’a pas de substance sous nos latitudes. Pourtant nous savons tous, sans plus trop souvent, que cette civilisation est brillante, riche et dense.
Notre présent ne rend pas justice à la Chine, pas plus que notre futur. Avez-vous vu beaucoup de traces de ce grand peuple dans nos fictions ?
Les érudits qui fréquentent ce blog s’empresseront de m’indiquer nombre de références, je les invite d’ailleurs à le faire en commentaire. Néanmoins, une cruelle sous-représentation est indéniable.
C’est pourquoi les éditions L’Atalante se sont lancées, sans que personne ne le leur demande, dans une exploration “fictionnesque” des cultures asiatiques.
Vous n’avez pas pu ignorer l’immense fresque de David Wingrove, Zhongguo, en 20 volumes, qui s’accumule régulièrement chez nous et vous décrit une Humanité tout entière acquise au mode de vie chinois.
« Toute l’Humanité ? »
Non, des irréductibles résistent toujours à la philosophie de la stase et apportent le vent du changement, pour le pire ?

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Une œuvre monumentale de création d’univers qui met en scène une opposition philosophique fondamentale entre le monde occidental et le monde chinois.

chine1Le passé chinois n’est pas non plus absent, car vous n’êtes pas sans savoir que le grand Guy Gavriel Kay va revenir en France avec l’un de ses livres les plus marquants : Under Heaven.

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L’histoire de l’avènement d’une terrible rébellion dans un empire proche de la dynastie Tang du VIIIe siècle, au milieu d’intrigues dont vous apprécierez toute la subtilité orientale, subtilité qui n’empêchera pas ce qui fut longtemps la guerre civile la plus meurtrière au monde.
Ça c’est le futur proche (mai ou juin 2014), mais apprenez également que nous venons de signer, toujours dans l’esprit de l’Asie, pour un livre… étonnant, sans beaucoup d’égal, à part sans doute La magnificence des oiseaux de Barry Hughart.
Mais là où Barry situait son roman décalé dans le passé chinois, le-mystérieux-roman-dont-je-n’ai-pas-donné-le-titre embrasse résolument une Chine du futur.
Attention, je n’ai pas dit une Chine futuriste, car les technophiles risquent d’être déçus : la ville de Singapour III ressemble beaucoup aux métropoles surpeuplées d’Asie d’aujourd’hui et les innovations technologiques ne sont pas au centre du roman ou de l’univers. Soyons donc plus clairs : « Le cœur du roman se situe dans l’intégration du Ciel et des Enfers dans la vie de tous les jours… »
Avez-vous déjà envoyé un courriel en Enfer pour vous soucier de l’état de votre âme ? Eh bien, dans la ville de Singapour III, c’est possible ! Il est même possible que vous receviez une réponse de la tentaculaire Administration Infernale. Quant à savoir si elle vous conviendra, rien n’est moins sûr.
Notre héros est un modeste inspecteur, chargé de toutes les affaires impliquant des entités surnaturelles. Officier de liaison avec l’au-delà, il bénéficie d’une dispense spéciale pour visiter ces lieux sans en payer le prix habituel : la Mort…
Or il semblerait que l’âme d’une jeune fille fraîchement décédée ait été envoyée aux Enfers au lieu des Cieux auxquels une chaste vie la destinait. Scandale ! L’Administration Infernale aurait-elle été victime de corruption ? Notre Inspecteur enquêtera et il est fort possible que personne ne soit tout à fait innocent …
Alors, avez-vous reconnu ce roman-mystère ? Allez, je vous aide un peu en vous donnant la couverture originale.

chine3J’espère vous avoir donné envie de Chine et sur ce, je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour ces appétissantes nouveautés.

Alain Kattnig