Lever du jour sur les flux

C’est fait ! Depuis lundi, les livres de L’Atalante transitent par les flux numériques vers vos terminaux de lecture. So far, so good, comme disent nos amis d’Outre-Manche. Il est bien évidemment trop tôt pour titrer quelque conclusion que ce soit, sinon que vous nous avez accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et des remarques constructives auxquelles j’essaie de répondre au fur et à mesure. Je vous propose donc de passer sans transition au programme.

  1. Au menu du lundi 19 novembre
  2. De la vie des pingouins
  3. Du pognon (partie 1) : le vôtre, ou le délicat prix du livre numérique
  4. Retour à Tegucigalpa

Au menu du lundi 19 novembre

Qu’est-ce qui va incrémenter nos flux dès le lundi 19 novembre ?

Le filet d’Indra de Juan Miguel Aguilera
Si entre science et émerveillement votre cœur balance, ce roman de Juan Miguel Aguilera est fait pour vous.

L’Empire du sommeil de Sylvie Denis
Suite directe de La Saison des singes que nous vous proposons en édition numérique depuis la semaine dernière, ce roman clôt le diptyque de space opera d’aventure et de suspens imaginé par Sylvie Denis.

Flibustière ! de Johan Heliot
18e siècle aux grandes heures de la piraterie, suivez le destin d’une jeune fille, Alexia Dumas, qui part à la recherche de son père dans le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes.

Zémal, l’épée de feu de Javier Negrete (Chronique de la Tramoée, Livre 1)
Premier volet de la Chronique de Tramorée une grande fresque de fantasy antique par un maître du genre.

Sourcellerie de Terry Pratchett (Les Annales du Disque-monde, Livre 5)
Les mages de l’Université Invisible ne sont pas les seuls détenteurs de la magie… enfin si, si l’on considère que les sorcières maîtrisent l’art de la têtologie… mais pas complètement non plus si l’on prend en compte la sourcellerie, puissante thaumaturgie de l’Aube des Temps (à côté de laquelle, la magie est de la bouillie pour chats). Bref, retrouvez Rincevent, le Bagage, le bibliothécaire et rencontrez pour la première fois Nijel le Destructeur (héros par correspondance) et Conina, la fille du célèbre Barbare.

Pour l’honneur de la reine de David Weber (Honor Harrington, Livre 2)
Retrouvez Honor à la tête d’une escadre escortant une mission diplomatique vers un système à la société pour le moins misogyne, Grayson, dont le gouvernement semble prendre pour affront personnel la présence du capitaine dans la délégation.

De la vie des pingouins

Saviez-vous que le pingouin est souvent confondu avec le manchot ? Pourtant, tout les sépare. Pour commencer, le pingouin vit dans l’hémisphère nord alors que le manchot se satisfait pleinement des latitudes australes. Le premier est tout à fait capable d’emprunter la voie des airs, même si en joyeux drille, il préfère de loin se laisser glisser sur le toboggan naturel que la nature, toujours prévenante, s’ingénie à lui offrir sur la banquise (enfin, tant qu’il en reste, de la banquise… mais je m’égare). Le second, lui, garde bien les pieds sur terre. Le pauvre manchot peut avoir mauvaise réputation, surtout s’il s’agit du bandit qui sévit à Las Vegas. Quant au pingouin, il lui est arrivé de devenir héros romanesque sous la plume d’Andreï Kourkov (d’accord, ce n’est pas nous qui l’avons édité… mais sa lecture devrait être rendue obligatoire, si vous voulez mon avis !).

Du pognon (partie 1) : le vôtre, ou le délicat prix du livre numérique

Ah, le prix du livre numérique ! Sujet assez vaste que beaucoup voudraient simplifier à l’extrême, mais dans des directions opposées, entre les défenseurs des prix identiques entre le papier et l’immatériel et les chevaliers blancs de la culture gratuite.

Qu’en dit le législateur ?
Le décret d’application de la loi sur le prix unique du livre numérique est paru au journal officiel le 12 novembre 2011. Donc toutes les plateformes de vente doivent au même instant proposer le même ouvrage numérique au même prix. Comme disait l’autre : nul n’est censé ignorer la loi. Vous voilà donc prévenus.

Mais qu’est-ce que ça change cette histoire de prix unique ?
Eh bien, imaginons qu’une plateforme décide d’imposer une grille de prix standard pour l’ensemble des produits qu’elle distribue. Par exemple, tenez : de 0 à 10 euros, les prix ne pourront se terminer que par ,49 ou ,99 et seulement par ,99 au-delà de 10 euros. Si l’on se réfère au paragraphe précédent, on se rend compte qu’avec l’histoire du prix unique tout le monde est obligé d’appliquer ce modèle de prix (à moins de vouloir se priver des ventes sur ladite plateforme). Vous remarquerez en passant qu’il s’agit là d’une entrave au principe du choix du prix du livre par l’éditeur…
Fiction ? Non, réalité chez iTunes.

Nous voilà donc avec un certain nombre de degrés de liberté en moins, comme dirait un ami féru de mécanique du solide.

What esle ?*

Eh bien, ajoutons à cela les coûts de fabrication des fichiers epub. Oui, parce que n’en déplaise à certains, fabriquer un livre numérique a un coût. Le mettre à jour aura un coût aussi. Donc, même si on est loin des coûts de fabrication papier, ce n’est pas un paramètre à négliger.

Ensuite, il y a les contrats. Oh, pas ceux des auteurs francophones, non, je parle des contrats avec des agents qui représentent des auteurs étrangers. Certains contrats comportent des clauses sur les prix d’exploitation du livre numérique. Nous ne signons jamais un contrat sans le négocier au plus près de nos choix éthiques. Mais la négociation a ses limites. Et autant nous finissons par signer un contrat qui limite la différence entre le prix du fichier numérique et de son équivalent papier à 40 ou 50%, autant il nous paraît inacceptable de signer quelque accord qui prévoit que le fichier vaudra 80% du prix du livre papier.

Enfin, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : les revenus de l’auteur et du traducteur, dans le cas d’une œuvre étrangère. L’équation est simple, l’auteur est payé au prorata du prix du fichier ; et comme tout un chacun, l’auteur apprécie ses trois repas par jour. C’est comme ça. Et il en va de même du traducteur. Dormir sous les ponts n’est pas très propice à la création non plus.

Donc quand je parle du délicat prix du livre numérique, ce n’est pas une blague. C’est un réel problème. On ne doit pas se moquer du lecteur en proposant un fichier numérique à 140% du prix de son équivalent papier… mais on ne doit pas se moquer de l’auteur, ni brader son travail. Et encore, nous en sommes aux livres qui existent sur deux supports : le papier et le digital. Imaginez un projet de création purement immatériel. Ce ne sont pas les 600 ventes à 1,99€ qui vont lui permettre de subvenir à ses besoins les plus élémentaires, même en imaginant que l’auteur touche 70% de la somme. J’entends des parallèles faits régulièrement entre livre et musique pour ce qui est du numérique, cependant, un groupe qui met à disposition ses créations sur internet a toujours les concerts pour vivre de sa création. À moins, bien entendu, d’imaginer des spectacles vivants avec des auteurs et des traducteurs… des idées ?

Retour à Tegucigalpa

Le ciel sera assez nuageux sur Tegucigalpa aujourd’hui, enfin quand il se réveilleront, parce que, pour l’heure, ils dorment du sommeil du juste (ou du fatigué, ça dépend de qui on parle). Les températures s’échelonneront entre 13 et 24° et si je dois en croire ma boule de cristal météo, un petit vent de nord-nord-ouest viendra gentiment ébouriffer les chevelures.

11 réflexions au sujet de « Lever du jour sur les flux »

  1. Ah voilà un sujet qui m’intéresse. Pourquoi trouve-t-on des livres numériques à 75% du prix du grand format, quand le poche est à 50% par exemple ? L’auteur (traducteur/maquettiste) ne touchera pas plus sur le poche que sur le numérique, je suppose.
    Je vois que chez vous, les Pratchett sont moins chers en numériques qu’en poche (joie et félicité !), mais ce n’est pas vrai pour les guerriers du silence (quoique ça se tient à peu). Et les différences sont plus significatives chez d’autres éditeurs français.
    Une dernière question : envisageriez-vous un pack [grand format + numérique] à un prix très attractif (ce qui pour moi, signifierai, très proche du prix du grand format) ?

  2. Pourquoi des livres numériques plus chers que des poches ? Ça dépend, je pense qu’on peut envisager plusieurs cas de figure.
    1 – L’éditeur a fixé le prix par rapport à des coûts de production, de distribution/diffusion et une projection de ventes faibles. Ce qui fait que pour rentrer dans ses frais, il est arrivé à un certain prix (élevé).
    2 – Le contrat de passage en poche prévoit que l’édition numérique sera de facto plus chère de manière à ne pas faire de « concurrence déloyale » au petit format.
    3 – L’éditeur, étant seul décisionnaire du prix d’un livre, décide par conviction d’attribuer un élevé à l’édition numérique.
    Quant à l’auteur et au traducteur (contrairement au maquettiste qui touche un salaire ou équivalent) sont payés en droits d’auteur qui sont indexés sur le prix de l’ouvrage. Aussi, plus un ouvrage est onéreux, plus un auteur touchera d’argent de manière mécanique.

    Pour ce qui est de chez nous, je vous renvoie à ma réponse au billet J-3 à propos du prix des Guerriers du silence. Cela dit, je répète que nous ne nous basons pas sur les grilles du prix du poche pour fixer nos tarifs de livres numériques.

    Enfin, oui, nous envisageons une offre combinée à un prix attractif (une majoration du prix du grand format autour de 2 euros nous paraît raisonnable), une fois résolus les problèmes logistiques, techniques et légaux autour de cette question.

  3. Une petite question tarifaire, en vendant 8-10€ les nouveautés, est ce que l’éditeur, l’auteur et le traducteur peuvent s’y retrouver ? Vous allez me répondre que ca dépendra du nombre de fichiers vendus !

    Prendre le fichier sur Immateriel, feedbook ou Amazon, change t-il quelque chose pour vous ? Vaut il mieux privilégié une plateforme qu’une autre ?

    Merci pour vos réponses

  4. Pour la question tarifaire, il faut distinguer deux fois deux cas de figure : œuvre française ou étrangère et œuvre en exploitation numérique exclusive ou non.

    En préambule, je vous propose d’évacuer les cas d’exploitation mixte (i.e. : papier et numérique). En effet, compte tenu de l’exploitation papier, on pourrait considérer que proposer la nouveauté en numérique entre 8 et 10€ (en supposant que le contrat des agents d’auteurs étrangers le permette) est viable économiquement pour tout le monde si le ventes se situent entre 95 et 350 exemplaires/an. Quand je dis viable, cela veut dire pour l’éditeur de rentrer dans ses frais. Pour les auteurs et les traducteurs, c’est une autre histoire puisqu’ils touchent un à-valoir (une somme négociée par contrat qui leur est acquise même en cas de mévente) ce qui rend le calcul d’autant plus compliqué que cet à-valoir vaut aussi bien pour l’édition papier que celle numérique.

    Passons maintenant à une œuvre dont l’exploitation est purement numérique.
    Une œuvre française demande moins d’investissement initial (pas de coût de traduction). Néanmoins elle nécessite un travail éditorial, une correction, une maquette et éventuellement une couverture sans parler du travail de promotion une fois l’œuvre produite (et je ne parle pas de l’à-valoir de l’auteur). Si on prend l’hypothèse du prix de vente que vous proposez, je pense que le point de bascule se situe quelque part entre 1200 et 1700 unités vendues pour un titre dont l’équivalent papier ferait 350 pages.

    Pour une œuvre étrangère pour laquelle il faut adjoindre l’acquisition des droits et le coût de la traduction (rémunérée à la page, je le rappelle), le seuil de rentabilité s’envole facilement vers les 5 à 6000 unités vendues. Toujours pour un titre dont l’équivalent papier compterait 350 pages.

    Attention, mon calcul est grossier, fait de tête à 11 heures du soir passées, et il comprend tout un tas de raccourcis. Et nous sommes toujours dans l’hypothèse d’une maison d’édition qui compte un minimum de personnel à rémunérer.

    Une dernière clef pour décoder les chiffres que je viens d’énoncer. Aujourd’hui, un titre qui se vend très bien en numérique fait entre 300 et 600 unités vendues.
    Je vous laisse faire les calculs…

    Quant à l’auteur et au traducteur, plus leurs livres sont vendus, mieux ils se portent ! Et c’est tant mieux d’ailleurs.

    Pour ce qui est du choix de la plateforme, cela ne change pas grand-chose pour nous. J’ai eu l’occasion de rencontrer les gens d’Immatériel et de croiser ceux de feedbooks… dans les deux cas j’ai eu affaire à des gens courtois et sympathiques donc je vous dirais bien : « Allez chez eux. » Je connais certaines personnes qui sont derrière le site emaginaire.com et je suis également tenté de vous dire : « Allez chez eux. » Et demain, au gré de nouvelles rencontres, je pourrais sans doute vous recommander d’autres librairies en ligne. Aussi, sentez-vous libre de choisir la plateforme qui vous convient le mieux.

    • Si vouys permettez une petite remarque sur ces « petites librairies » par rapport aux grosses : Elles implémentent les Watermarks (ou marquage) qui permettent à la fois à l’éditeur de se « protéger » au moins partiellement, et aux lecteurs d’avoir l’assurance de lire sans les désagréments des DRMs à la CON les livres achetés.

      Alors moi, perso, c’est vite choisi. Quand je peux, c’est « petit » libraire.

  5. En vérité, je ne sais pas si ce sont de bonnes réponses. Mais dans tous les cas, ce sont celles des éditions L’Atalante aujourd’hui. Je n’ai aucune idée du visage qu’aura le numérique en 2013-14. Tout ce que je sais, c’est que nous devrons nous adapter aux circonstances. Ça sonne un peu creux comme remarque, pourtant je ne sais pas comment le formuler autrement. Car il y a une question importante de mon point de vue qui va déterminer l’avenir du livre numérique : est-ce un bien patrimonial ou un service de lecture alternatif au papier ?
    La TVA en découlera.
    La rémunération des auteurs/traducteurs en découlera.
    Les usages en découleront.
    La gestion de nos bibliothèques en découlera.
    Et peut-être même l’avenir du livre papier…

    •  » est-ce un bien patrimonial ou un service de lecture alternatif au papier ? »
      Personellement, je me battrais pour que ce soit un « bien patrimonial » ou en tout cas qui se rapproche le plus possible de celui-ci, et celà pour de multiples raisons, égoistes pour certaines, mais aussi parce que le principe du service remet en cause l’idée même de patrimoine culturel, et de la conservation de celui-ci.

      Lers différentes idées autour du service reviennent pour la plupart à réduire le nombre de copies « duplicables », et donc à risquer leur pérénnité long terme, soit par l’arrêt des services, soit par soucis matériels même.

      Que la TVA en découle, c’est sûr, et j’espère un alignement de la TVA des ebooks sur ceux des livres papiers (et ce quel que soit le revendeur).

      La rémunération des auteurs/traducteurs m’est bien plus importante que celle des intermédiaires (y compris, et j’espère ne pas vous choquer, celle des éditeurs), même si je comprends l’importance de ceux-ci.

      En fait, j’ai bien peur que ce ne sont pas les usages qui découleront du positionnement bien/license/service, mais que ce sont eux qui dicteront le positionnement du curseur. Et lorsque je dit que j’ai peur, c’est que je crains que nos « jeunes » et enfants seront bien plus réceptifs à la notion de service et de médias « jetables », qu’à la conservation de patrimoine pérenne.

      Je milite pour la constitution de bibliothèques, pérennes à la fois personnelles et collectives, comprenant des copies sans verrous des oeuvres, et c’est entre autre en celà que votre refus du DRM m’enchante.

      Enfin, concernant l’avenir du papier, il m’est plutôt indifférent, mais il est vrai que sur certains critères (et pour certaines « niches »), les livres papiers sont bien supérieurs à leur version électronique.

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