Flux et reflux

C’est à nouveau le vendredi du lundi et je me demande en fin de compte s’il ne vaudrait pas mieux migrer la rubrique au lundi, vu que c’est notre jour des sorties numériques. Affaire à suivre. Le programme de la semaine étant plutôt chargé, je vous propose sans transition aucune de découvrir le menu de ce billet hebdomadaire.

  1. Les sorties de la semaine
  2. Un petit bilan du lancement et des semaines qui ont suivi
  3. Le dilemme de l’autruche
  4. Le vrai problème des DRM

Les sorties de la semaine

Vous les avez aimé en papier, vous allez les adorer en version numérique :
Sœur Ynolde, de Pierre Bordage. Le deuxième maillon de la chaîne quinte va entrer dans la danse.
Acharné, de Jack Campbell. Il ne reste plus que trois sauts à la flotte pour rejoindre le territoire de l’Alliance, mais les enjeux ont changé…
Le château noir, de Glen Cook. Une ville vouée au culte de la mort, des ombres du passé qui ressurgissent pour hanter les vivants.
Haute-Ecole, de Sylvie Denis. Une école de mages où les complots se multiplient suite au décès du doyen. Un idéal de liberté pour les uns, un rêve de pouvoir absolu pour d’autres.
Le Melkine, d’Olivier Paquet. L’information… nerf de la guerre, outils de contrôle des masses, le pouvoir dans toute sa splendeur. Pour ceux qui détiennent ce pouvoir, Le Melkine, un antique navire-école est l’ennemi à abattre.
Le Faucheur, de Terry Pratchett. Un nouvel opus des Annales du Disque-monde dont le personnage principal est l’une des figures les plus emblématiques de cet univers, j’ai nommé La Mort.

Un petit bilan du lancement et des semaines qui ont suivi

En guise d’ouverture, je voudrais vous remercier, vous qui nous lisez en numérique. Vous avez été nombreux à réclamer le catalogue des éditions L’Atalante en version dématérialisée et vous êtes au rendez-vous depuis le lancement. Et ça, ça fait chaud au cœur.
Quand nous nous sommes lancés dans l’aventure, nous avons pris un certain nombre d’engagements : vous proposer des fichiers de qualité, à des prix raisonnables et sans DRM. Ces engagements, nous les avons tenus. Nous travaillons quotidiennement avec nos partenaires afin d’améliorer la qualité des fichiers que nous vous proposons semaine après semaine. Notre politique de prix (avec leur complexité dont je vous avais parlé dans ce billet) me semble en adéquation avec les bons usages. Quant aux DRM, il fallait bien une exception pour confirmer la règle de leur absence de nos fichiers… et c’est le Disque-monde qui s’y est collé. (C’est comme ça, un contrat est un contrat.)
Nous avons été très touchés, comme je l’écrivais un peu plus tôt, par l’accueil que vous avez réservé à l’arrivée de notre catalogue sur vos terminaux de lecture. Quant aux ventes, sans crever le plafond, elles ont été à la hauteur de nos attentes. Notre grand défi de l’année 2013 sera de faire découvrir nos titres à toutes celles et tous ceux qui ne les connaissaient pas en version papier et faire redécouvrir des pépites de notre catalogue à vous, vieux routards atalantéens.
Que dire d’autre ? Vous nous lisez pas mal sur la Kindle, mais bon nombre d’entre-vous préférez vous fournir dans des librairies en ligne indépendantes.
Une affaire à suivre en 2013 !

Le dilemme de l’autruche

Ce digne représentant de la famille des Struthionidae, outre sa dégaine reconnaissable entre toutes, est victime d’une légende forgée de toutes pièces par la croyance populaire : il enfouirait la tête dans le sable quand il a peur. L’autruche serait-elle donc un grand esprit scientifique qui aurait compris avant tout le monde que, comme le veut la physique quantique, l’observateur influe sur le phénomène observé et qu’un chat enfermé dans une boîte est immortel tout en ayant passé l’arme à gauche ? (Notons que dans ce cas, ledit chat aurait en réalité à sa disposition neuf immortalités et que l’imbécile qui aurait enfermé ledit chat aurait neuf morts sur la conscience.)

Le vrai problème des DRM

Le sujet est vaste, mais je pense qu’en guise d’ouverture, on pourrait mettre tout le monde (ou presque) d’accord en disant que le vrai problème des DRM est qu’ils en servent à rien. Ils sont une sorte de leurre sécuritaire que peuvent circonvenir n’importe quel ado débrouillard ou un retraité un peu curieux de la chose technologique.
L’autre problème, qui a été à juste titre évoqué dans un des commentaires de la semaine dernière, est leur pérennité… ou plutôt de l’absence de garanties de cette dernière pour le lecteur qui a acquis son livre en toute légalité et qui entend en jouir aussi longtemps que bon lui semble.
Les problèmes de portabilité du contenu sont, de mon point de vue, davantage liés au développement indigent de ces verrous qui devraient justement garantir la jouissance sur tout support à l’acquéreur légal de son livre (ou autre d’ailleurs, ne soyons pas restrictif).
Ce sont ces raisons entre autres qui ont fait que nous avons choisi de ne pas apposer de DRM sur nos fichiers et de défendre auprès de tous nos interlocuteurs la solution dite du watermarking.
Ce qui m’intéresse davantage quand on parle livre numérique avec des auteurs ou des agents, c’est de me rendre compte que les préoccupations légitimes des uns ou des autres trouvent, pour certains, leur réponse dans l’apposition de DRM, ou du moins dans l’image qu’ils s’en font. Et c’est là que se situe, de mon point de vue, le cœur du débat : pas sur des caractéristiques techniques et objectives, mais bien sur la perception subjective et le ressenti des uns et des autres.
Quelles sont donc les préoccupations légitimes d’un auteur que j’évoquais un peu plus haut ? Vivre de sa plume, pour commencer. De nombreux auteurs gagnent juste ce qu’il faut pour ne pas devoir travailler à côté pour payer les factures ET manger. Pour eux, chaque exemplaire vendu compte. Et voir fleurir leur œuvre sur des serveurs de téléchargement n’est pas forcément pour leur faire plaisir. Une autre ? Que l’intégrité du texte qu’ils ont écrit soit respectée. Cette préoccupation est plus présente chez des auteurs anglo-saxons et leurs agents. Or, rien ne garantit qu’un fichier piraté offre l’intégralité du texte sans altération aucune. Il y a enfin tous ceux qui sont tout à fait prêts à mettre leurs textes à disposition des autres gracieusement, mais qui en supportent pas (et à juste titre, puisqu’il s’agit là de la forme la plus élémentaire de respect) que d’autres le fassent sans leur demander leur avis (avec toujours cette crainte d’altération du contenu pour certains). Or, à toutes ces personnes, on présente le DRM comme le remède miracle contre tous les maux d’Internet (à la manière des bonimenteurs qui vendaient des potions qui guérissaient de tout). Les plus technophiles et les plus avertis flairent aussitôt l’arnaque… mais les autres ? Eh bien les autres en parlent à leur agent ou leur éditeur et demandent à ce que leur droit de disposer de leur œuvre comme ils l’entendent soit préservé. Il ne s’agit pas tant de verrouiller un fichier que de le préserver contre toute atteinte aux droits de l’auteur (à ne pas réduire aux droits d’auteur, qui ne représentent que la partie pécuniaire du problème). Et quoi qu’en en disent certains, je ne pense pas que cela soit très compliqué à comprendre pour un lecteur, même si l’énoncé du concept dépasse les 140 caractères.
D’ailleurs, pour se convaincre qu’il s’agit bien d’une réaction dogmatique et émotionnelle, il suffit d’observer les réactions épidermiques des anti-DRM. Je ne parle même pas de la généralisation que font certains : « L’Atalante met des DRM sur ses fichiers » (pour mémoire, nous n’avons pas que Sir Terry Pratchett au catalogue). Mais si je devais compter le nombre de messages sur le thème : « Je ne vous aime plus et je n’achèterai plus jamais vos livres. » je dois pouvoir arriver à un score honorable.
Donc le vrai problème du DRM pour moi est qu’il divise des personnes qui ont tout intérêt à chercher et promouvoir ensemble les bonnes pratiques du livre numérique avant que le législateur ne nous fasse pondre une loi coercitive par une commission qui n’aura d’oreilles que pour les lobbies dont le but ne sera ni de promouvoir la lecture, ni d’offrir l’accès à la culture à tous, mais bien de faire du fric.

Allez, c’est tout pour aujourd’hui (pas de météo du monde cette fois). Restez connectés !

11 réflexions au sujet de « Flux et reflux »

  1. Bonjour, et merci pour ce billet… C’est finalement assez raffraichissant de voir un éditeur « pratiquant », un peu malgré lui, les DRMs s’exprimer vraiment sur le sujet.

    Je vais rebondir un peu dessus, vite fait dans une premier temps… Tu écris : « ces verrous qui devraient justement garantir la jouissance sur tout support ». Oh la belle contradiction. Le verrou « cryptographique » (par opposition au DRM « social » qu’est le watermarking) est non seulement conçu pour ne pas garantir la jouissance sur tout support, mais c’est tout simplement impossible.

    Demander à un verrou de garantir autre chose que l’accès aux personnes non autorisées est un non-sens absolu. Et étant donné qu’on veut accorder au lecteur l’accès au livre, on est obligé de lui fournir la clef. L’e lecteur étant une personne autorisée, on voit bien l’impasse logique de base, qui ne pourra être compensée par aucun artifice technique.

    Effectivement, les watermark, (bien qu’imparfaits également) ne posent pas le même problème : au lieu de restreindre l’accès à l’information, il augmente le flux en y ajoutant des informations que l’acquéreur n’a pas intérêt à diffuser.

    Le résultat sera, dans le pire des cas, le même. Mais avant tout, il aura les mêmes effets sur les personnes « vraiment » ciblées par les DRMs : Lucie Dupont et Ludovic Durand, qui ne vont pas vouloir diffuser un livre marqué à leur nom à tous leurs copains copines et la terre entière par extension.

    On peut d’ailleurs observer que les outils « anti-DRMs » que l’on trouve facilement sont maintenus spécifiquement en gardant les traces d’identification de type watermark « intactes ». Ils sont bel et bien destinés à déverrouiller pour sauvegarde/transfert/conversion personnelle, et non pour partage.

    Mais tous ces aspects techniques, tu les connais déjà parfaitement, et t’intéresse plus à la psychologie des auteurs/agents.

    « Or, à toutes ces personnes, on présente le DRM comme le remède miracle contre tous les maux d’Internet (à la manière des bonimenteurs qui vendaient des potions qui guérissaient de tout) » .

    Oui, c’est il me semble le plus probable. Ajoutons à ça les grosses maisons d’édition qui souscrivent, appuient, recommandent, valident promeuvent, propulsent, réclament, exigent les DRMs, et les auteiurs pas forcément au courant se retrouvent encore renforcés dans leur croyance. Ce n’est plus uniquement le bonimenteur qui vend sa panacée, mais le médecin, le pharmacien et le maire qui vont tous ensemble l’acheter et le recommander.

    Le problème, c’est qu’effectivement comme tu le dis, quand les différents acteurs de bonne volontés sont obligés de s’aligner avec les « usages » du reste de l’écosystème, tous les petits « compromis » imposés par la réalité légale ou commerciale peuvent être perçus comme autant de « compromissions » impardonnables aux yeux des gens un peu tatillons…

    • Salut,

      Un DRM qui permettrait à l’utilisateur de profiter de ses achats sur n’importe quel appareil, je ne pense pas qu’il y ait des impossibilités techniques qui empêchent d’y aboutir, mais des impossibilités « politiques » : le DRM ne sert pas uniquement à empêcher l’acheteur de diffuser à tout va son achat, il sert aussi à l’empêcher de quitter la plateforme d’achat, pour le contraindre à continuer à acheter ses autres livres au même endroit, pour le contraindre d’acheter toujours le même matériel.

      Dans ce contexte, les différents propriétaires d’écosystèmes ne s’entendront sans doute jamais pour la mise en place de DRM universels qui seraient gérer par un tiers de confiance ou par une société commune, vu que bon, les guerres de formats, ces sociétés adorent (quitte à jeter le bébé avec l’eau du bain comme par exemple la situation ridicule des Blu-ray 3D disponibles uniquement en bundle avec des lecteurs Blu-ray…)

      Par rapport au fait que l’Atalante mette maintenant des DRM sur les oeuvres de Terry Pratchett, à la demande de ce dernier ou de ses agents, ça ne change que mes intentions d’achat des livres protégés : j’ai déjà fait une fois l’expérience de la perte de livres protégés (et pas forcément des livres à 0,99 € achetés en promotion), je ne le referais pas deux fois. Pour tous les autres, je continuerais à ne pas me priver.

      • Juste deux petites réactions : Si les distributeurs (hors Amazon et Apple) voulaient utiliser les DRMs comme « barrière » à la sortie, ils ne confieraient pas le soin de DRMiser à Adobe…

        Par ailleurs, perso, je n’achète de contenu « avec DRM » que si je suis capable d’en obtenir une copie sans DRMs.

        La perte de bibliothèque ne m’arrivera pas.

      • Me semble que Barnes & Noble a bidouillé un système de DRM à sa sauce.

        Après, vu les limites du DRM Adobe, c’est limite si ça n’interdit pas carrément de changer de liseuse 😀

        Et au final, il suffit que les intervenants les plus en vue refusent de coopérer pour que le DRM universel n’existe pas.

    • C’est une excellente question à laquelle je n’ai pas de réponse immédiate. Cependant, je serais enclin à interpréter votre question comme suit :
      Comment lire les nouvelles gratuites si l’on n’est pas équipé d’un terminal capable de lire du epub ?
      Auquel cas, la réponse est : si le responsable du livre numérique à L’Atalante (en l’occurrence moi) avait été un tant soit peu plus futé, il l’aurait proposé en version pdf pour les personnes qui aiment Pierre Bordage et qui ne sont pas équipées d’une liseuse.
      Et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, je vais préparer ça pour… disons vendredi (lire : « sans doute lundi », au train où vont les choses) prochain.

      • Je ne suis pas sûr de ton interprétation : il est mentionné spécifiquement « sur une liseuse », c’est donc supposer que la liseuse soit déjà disponible.

        Pour moi, la question est plutôt :

        « Y a t’il des objections, soit liées à la licence d’accès à l’oeuvre, soit des problèmes techniques type DRMs, qui empêcheraient une bibliothèque déjà équipée de liseuses, de diffuser pas son biais les nouvelles gratuites de L’Atalante ? »

        Mais c’est encore mon interprétation.

      • Du coup, la réponse à cette version de la question est à priori : non. Rien ne s’oppose à ce qu’une bibliothèque propose nos nouvelles gratuites au prêt. Nos nouvelles gratuites ne portent pas de DRMs, ni de watermarking d’ailleurs. C’est un cadeau et on ne piège pas des cadeaux… (enfin, certains le font, mais pas L’Atalante).

    • Re !
      Oui en effet je n’ai peut-être pas été très claire !
      Je suis bibliothécaire, nous prêtons des liseuses. Pour l’instant nous n’avons pas de véritable solution pour les remplir à part les livres libres de droit, à savoir souvent des classiques.
      Je suis bibliothécaire SF et j’essaie de constituer un petit fonds de nouvelles numériques que je pourrais proposer aux lecteurs sur nos liseuses.
      Donc votre réponse me fait très plaisir ! Merci Denis et merci à theSFreader !

  2. Par rapport aux vendredis du numérique qui deviennent des vendredis du lundi : est-ce possible de faire deux billets ? Un le vendredi avec les nouveautés du lundi, et un le lundi avec les informations plus générales.

    C’est pratique d’avoir les nouveautés à l’avance, ça permet de savoir si il y en a qui m’intéresse et de m’organiser pour les acheter avant de m’éloigner de mon ordinateur personnel 🙂

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