Carte blanche à (l’ex-) Stagiaire Atalante

Avant d’avoir été stagiaire pour L’Atalante, je m’étais déjà rendu utile auprès d’eux par deux fois, venant filer un coup de main en 2009 et 2010 pour remballer le stand, au salon du livre jeunesse de Montreuil. En récompense des loyaux service, droit est donné de repartir avec quelques ouvrages. En 2010, me voilà sur place – découvrant avec une certaine culpabilité que cette année il y avait moins à faire – et avant même que nous commencions, Mireille me propose de faire mon choix. Une couverture m’avait attiré particulièrement, et j’aurais pu me contenter de ce seul livre, mais Mireille insista pour que je reparte avec un peu plus (j’ai donc terminé ma collection de La Brigade ainsi…).

Cependant, je repartais surtout avec l’imposant Bois Duncton de William Horwood, avec sa très belle couverture illustrée par Amandine Labarre… et qui dit toute l’étrangeté de ce roman ambitieux : une histoire d’amour et de fantasy avec des taupes. Dis comme ça, ça peut avoir l’air bête, pourtant, c’est certainement un des meilleurs livres écrit depuis… mmm, toujours ?

L’intrigue : une histoire d’amour compliquée, sur fond de conflits théologiques et politiques entre groupes de taupes. Et, ainsi que me l’avait vendu Mireille (alors que j’étais déjà amoureux et qu’il n’était nullement besoin de me convaincre), à la différence de nombreuses fictions animalières, l’anthropomorphisme y est presque absent, tandis que les problématiques et l’approche son nettement œuvrées pour se placer au niveau des taupes. Assez bluffant, puisque, plutôt de nous amener à nous attacher aux personnages en leur donnant des caractéristiques humaines (la facilité), William Horwood parvient à nous concerner en nous faisant nous, nous sentir taupes, oserais-je dire.

Ce sentiment d’être taupe, vient entre autre de l’intelligente métaphore religieuse qui tourne autour de la Pierre (les taupes adorent une gigantesque pierre dressée). Certains seront peut-être agacés par une impression d’éloge à la religion, mais j’y vois quelque chose plutôt de l’ordre d’un rapport au monde. En essence, ce qu’Horwood cherche à faire avec ses petits personnages, c’est de transmettre un sentiment d’humilité face au grand tout. Mon amie dit souvent ceci, que « nous sommes des crottes de l’univers ». Malgré la trivialité du propos, son fond me semble assez vrai. Et c’est la même chose que je ressens lisant Le Bois Duncton : n’être qu’une infime part d’un univers immense qui me dépasse, mais en être pourtant une part. À nous donc d’y participer, ainsi que le font à leur hauteur (quelques centimètres) Brin-de-Fougère, Rébecca ou le scribe Boswell, personnages attachants d’un des romans les plus étonnants qui soient. Clairement un de ces livres chaleureux que l’on conserve très précieusement.

Adrien

Carte blanche, la trève estivale

Chers tous,

Notre carte blanche va prendre deux mois de vacances bien méritées. Merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont envoyé des articles et merci par avance aux autres qui ne vont pas manquer de nous en envoyer à l’avenir. N’hésitez pas non plus à nous dire ce que vous pensez de cette rubrique.

Pour nous envoyer vos articles, c’est toujours la même adresse : carte[point]blanche[le petit a qui va bien]l-atalante[point]fr (en remplaçant le contenu entre parenthèses par les signes ad hoc)

Rendez-vous donc à la rentrée et plus précisément le 29 août pour une carte blanche signée par un ancien stagiaire des éditions L’Atalante : Adrien.

Carte blanche à Tom

Carte blanche un peu spéciale, puisque cette semaine Tom, qui tient le blog La Voix du Livre, nous raconte sa rencontre avec Carina Rozenfeld elle-même :

Celle-ci fut étonnante, et magique à la fois. Elle se passe en 2009 concrètement. Fruit du hasard et du sort, c’est assez incroyable d’imaginer tout ce qui a pu faire que cet événement se réalise… toutes les autres issues possibles qui auraient pu me mener à bien autre chose aujourd’hui…

Et si ma prof de latin n’était pas partie à la retraite ? Ou si la nouvelle prof de latin n’avait pas été là pour remplacer l’ancienne, pile au moment où elle partait à la retraite ? Et que, du coup, cette nouvelle prof en aurait été une autre, différente et peut être inintéressée par ce concours qui me permit de rencontrer mon auteur aujourd’hui fétiche ? Si je n’avais pas sauté une classe en CP ? Et si Carina Rozenfeld avait parrainé ce concours une année suivante, ou précédente ? Tant de petits détails qui m’ont amené à la rencontrer…

Commençons au commencement, car je crois vous avoir un peu perdu entres mes mots. Je vais vous raconter, aussi bien que je peux, ma rencontre avec  Carina Rozenfeld, avec qui ma relation est aujourd’hui bien plus proche que celle de lecteur/auteur…

Remontons le temps, en cette fin d’année 2009, alors que je venais d’entrer en 4ème

J’avais 13 à l’époque. En avance d’une année après avoir fait mes années de CP et CE1 en une seule, j’étais, et le suis toujours, bon élève. J’avais commencé le latin en 5ème, et il ne restait maintenant des 30 élèves, plus que 15 environ. J’aimais bien le latin, je l’aime toujours, même si c’est dur. Vous me direz quel lien avec Carina ?

En fait, cette année était nouvelle en latin, car notre ancienne prof était remplacée par une nouvelle, très sympathique, mais qui apportait surtout avec elle le projet de faire participer les 4èmes et 3èmes intéressés à un concours d’écriture. Organisé par le CDDP de Charente-Maritime, il permettait à des 4èmes et 3èmes, par le biais de leur collège, de participer à un concours de nouvelles, où les 6 gagnants seraient édités dans un petit livre, distribué dans tous les CDI des collèges de Charente-Maritime… Chose magnifique pour moi qui me promettais déjà à l’écriture depuis tout petit ! Mais l’intérêt majeur de ce concours, c’était l’échange avec un écrivain, parrain du concours, qui à 3 dates de l’année recevrait des nouvelles à lire et commenter pour un retour aux collégiens, et qui ferait ensuite partie du jury…

Vous l’aurez deviné, cette première année, où je me décidais à participer, la première de deux belles années, l’écrivaine marraine n’était autre que Carina Rozenfeld.

Je ne la connaissais pas à l’époque, je n’en avais même jamais entendu parler… le CDI s’offrit son livre, premier tome d’une trilogie : « La quête des Livres-Monde »… après l’avoir emprunté, il ne me fallut pas longtemps pour dévorer ce premier tome !

À cet instant, je ne savais pas encore le futur qui nous lierait, Carina Rozenfeld et moi, et qui me permettrait de tisser un lien particulier avec un  auteur, tout simplement, et peut être de l’amitié ?

Il y eut alors l’envoi des nouvelles, le retour positif pour moi, encouragé à bloc, l’écriture, l’impatience de la suite de La quête, de ses autres livres, et enfin le salon du livre de Montreuil, en 2009, qui me permit de la rencontrer en chair et en os pour la première fois. Ce fut un moment merveilleux, magique, et j’étais heureux comme tout !

Quelques mois plus tard, j’appris la merveilleuse nouvelle : j’étais un des six vainqueurs de ce concours ! Puis il y eut la sortie de « La quête des Livres-Monde tome 2 », il y eut « Doregon », la lecture de Les clefs de Babel et du Mystère Olphite, les échanges entre elle et moi par son blog, puis par facebook, mes trois autres rencontres avec elle, mon impatience vis-à-vis de ses livres, ma joie, ma rencontre avec les éditions L’Atalante aussi, qui m’offrirent même des livres suite à mes critiques enthousiastes du Mystère Olphite et de « Doregon », il y eut aussi ma seconde victoire à ce même concours, l’année d’après, et les autres concours auxquels j’ai participé, toujours encouragé par Carina… il y eut tout ça à la fois, et, quand je regarde ce passé derrière moi, je ne peux que penser que ce qui suivra sera tout aussi fantastique !

Toutes ces pensées sont en vrac, tout se mélange un peu, et j’ai l’impression que je serais le seul à y voir clair… et pourtant, c’est tout cet ensemble, même en bazar, qui représente tout ce qu’est pour moi Carina.

A Carina, merci !

 

Tom Sorcelier

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Le Mystère Olphite était chroniqué, lors de notre première Carte Blanche, par Lalex. Les Cracheurs de feu, troisième et dernier tome de la trilogie « Doregon », sort aujourd’hui (vous pouvez lire en la chronique sur le blog de tom). Et enfin, l’intégrale (dont le tome 3 jusqu’alors inédit) de « La Quête des Livres-Monde » ressortira en novembre. (NDLR)

Carte blanche à Lelf

Wang, Les Portes d’Occident & Les Aigles d’Orient, par Pierre Bordage

On m’a proposé de vous parler de mon livre fétiche de l’Atalante. Déjà ça commence mal : est-il sérieusement possible de n’avoir qu’un seul livre fétiche de l’Atalante ? J’en doute. Ô rage, ô désespoir, tout ça, je me résigne aujourd’hui à ne vous en présenter qu’un. J’ai nommé (enfin pas encore mais dans deux secondes oui) : Wang, de Pierre Bordage.

Wang

Couverture © Gess

Pourquoi avoir choisi ce titre ? Pour plusieurs raisons.
Déjà Pierre Bordage est un nom associé à l’Atalante pour moi, je possède presque tous ses titres parus chez l’éditeur, j’en ai lu quelques-uns (oui, c’est mieux) et j’ai adoré à chaque fois. Pierre a l’art de transporter ses lecteurs, de sublimer les émotions. Il met en scène une science-fiction simple et des héros honnêtes à qui l’on s’attache facilement. Il se dégage de ses livres un fort sentiment d’humanité, quelque chose de grand qui sait émerveiller. Wang n’échappe pas à la règle et fascine, avec à la fois son côté futuriste rude et son aspect uchronique (réécriture des batailles passées).

Wang c’est le synonyme de mes premières Utopiales en 2007 et de mon premier contact avec Pierre Bordage. Contact qui s’est limité à « bonjour… » *bafouille un truc* *attend sa dédicace* « merci ». Avant même de découvrir sa plume, j’ai pu faire connaissance avec une personne d’une grande gentillesse, très abordable, attentif à ses lecteurs.
Les Utopiales sont un festival très complet autour de l’imaginaire sous toutes ses formes, avec de nombreux animations et invités ; ils représentent ma première véritable incursion dans le monde de l’imaginaire français, mes premières rencontres d’écrivains de science-fiction, mes premières discussions avec ces professionnels. Wang restera à jamais associé à cette découverte des plus enrichissantes.
Enfin, je dois à Lionel Davoust d’avoir choisi ce titre (avec mon premier Roland Wagner, mais c’est une autre histoire). Je souhaitais découvrir l’œuvre de Pierre Bordage, qui, je le savais, était (et est toujours) un grand nom de la SF française. Je ne regrette pas ce choix et je recommande régulièrement ce titre, qui est idéal pour découvrir ce qui se cache derrière le nom de Pierre Bordage ou tout simplement la science-fiction, par le biais d’une aventure passionnante.

Retrouvez Lelf sur son blog, Imaginelf

Carte blanche à Colville Petipont

Cette semaine Colville Petipont narre ses lectures semi-nocturnes de La Mort du Nécromant de Martha Wells

À une époque j’étais à la fac à Rennes. C’est là que j’ai connu Éva (que certains connaissent eux sous le patronyme de Meor). C’est important, parce que, sans elle, je n’aurais peut-être jamais ouvert un bouquin de SF ou de fantasy. À Rennes je rencontre aussi Inés. Et je la suis pour la capitale, enfin, sa banlieue. C’était aventureux – et je conseille à qui me lit de préparer son départ avant de se lancer dans un tel programme. Plus ou moins au même moment, Éva et Ronan s’installent dans une autre banlieue éloignée. Je vais les aider à emménager. Pour me remercier, on me remet entre les mains une petite pile de bouquins de L’Atalante (en double dans leurs bibliothèques).

Ellipse. Besoin d’argent. Premier job qui tombe, on réfléchit pas trop. Je me retrouve à faire les 2X8 à l’usine PSA d’Aulnay (là où il y a eu ensuite licenciements et grèves). Je prends de chez moi la navette à des heures pas possibles. Une période curieuse. Mais c’est durant celle-ci que j’ai lu La Mort du nécromant de Martha Wells. C’est un peu le livre que je n’aurais jamais lu s’il ne m’était pas tombé entre les mains ainsi.
Pourtant, synchronisation parfaite : l’ambiance dix-neuvièmiste de la Vienne imaginaire du royaume d’Île-Rien (en français dans le texte) collait parfaitement avec mes horaires de lecture, dans la navette tôt tôt le matin, ou de nuit au retour. Éclairé par les seules réverbères des rues traversées, j’ai bien dû m’esquinter les yeux à suivre les aventures de Nicholas et Madeline.
Je dois avouer ne pas me souvenir de l’intrigue, mais bien plus de l’ambiance : un côté vaguement Arsène Lupin, de la magie, un méchant sorcier malicieux, des rebondissements, un suspens haletant, des pavés, des passages secrets, une impression d’aube ou crépuscule constant, et même une pointe d’humour bien distillé. On y suit les pas (et les acrobaties) du couple gentlemen cambrioleurs avec un grand intérêt, retenant sans cesse son souffle.
Le livre est aujourd’hui rangé dans ma bibliothèque, où je m’applique à prendre désormais soin de lui. Car il faut savoir qu’une chose que cette aventure aura prouvée, c’est que : si le papier, indubitablement d’une grande qualité esthétique, a participé à fonder l’image de L’Atalante, celui-ci ne résiste décidément pas au transport répété dans un sac à dos rempli avec gamelle, gants de travail poussiéreux et fouillis divers. Enfin, on voit de cette façon que mon volume a vécu – ce qui, je crois, colle d’une certaine façon avec cette ambiance sombre, grisâtre et au charme désuet de l’époque.