« La Terre du Magicien » de Lev Grossman : oyez, oyez, la fin de la trilogie des Magiciens !

Nous venons d’achever l’édition de la trilogie complète de la série des « Magiciens » de Lev Grossman.

C’est un événement !

Qu’il soit su partout en France et au royaume de Navarre que l’histoire entamée par Quentin dans  Les Magiciens est aujourd’hui complète.

couverturesToi, ami lecteur, qui cherche la garantie de lire une histoire complète ou toi qui n’aurais pas su que le destin de Quentin s’étendait sur plusieurs volumes, plus rien ne peut plus retenir ta lecture !

Et l’ambition de l’auteur que de marier la littérature classique avec l’Imaginaire a su durer, pas de panne d’imagination, pas de simple exploitation de l’univers déjà créé.
Non, Lev Grossman a constamment bousculé son lecteur, ne serait-ce que par son postulat de départ qui était tout simplement de traiter littérairement de l’Imaginaire.

En effet, Lev Grossman fait partie de ces auteurs « classiques », de plus en plus nombreux, qui ont grandi avec l’Imaginaire et ne l’ont pas renié une fois « grands ». Ces auteurs amènent certes les travers du classicisme avec eux, mais également une attention à l’écriture qui n’est pas la marque de fabrique du genre.

Lorsque le mariage est réussi vous vous trouvez devant un monument : l’incroyable richesse de l’Imaginaire décuplée par des personnages et une écriture qui sortent des poncifs qui habillent parfois notre Imaginaire préféré.
Honnêtement, quel auteur aurait fait d’un apprenti-magicien un adolescent maladroit dont l’accession au pouvoir ne changera … rien à ce qu’il est ? Ni Magie, ni Argent (son pendant moderne) n’en sont capables.

Quentin

Et n’oubliez jamais que la Magie ne fait pas le bonheur. … à part celui des lecteurs ;-p

Alain Kattnig

Le Grand Livre de la Fin du Monde : « Extinction Game », Gary Gibson

… et tout finit par des livres. Comment pouvait-il en être autrement ? J’ai tenté dans les deux billets précédents de vous introduire à la fin des temps. La lecture de la Bible se faisant plus rare, l’Apocalypse doit bien s’abreuver à de nouvelles sources, non ?

Or Gary Gibson, l’auteur, trouvant peut-être que les efforts manifestés par ses collègues étaient insuffisants, a décidé d’écrire LE livre définitif sur le sujet.

⊕LE GRAND LIVRE DE LA FIN DU TEMPS⊕

Comme il est difficile de détruire plusieurs fois la même Terre, l’auteur a dû improviser. Il s’est appuyé sur l’idée à la mode chez les physiciens des univers qui ne cessent de se démultiplier. Il s’est alors mis joyeusement à nous inventer moult fins du monde – vous avez d’ailleurs déjà eu droit aux catastrophes cosmiques qui attendent notre planète ainsi qu’aux bactéries&virus prêts à festoyer sur nos restes.

Mais rassurez-vous, point de catalogues ici, tout juste un homme seul, Jerry, le dernier survivant de son espèce. Fin de l’histoire. Dix ans de solitude totale…
Lorsque apparaissent des traces de pas fraîches – impossible… –, toute l’Humanité n’a-t-elle pas été décimée par le virus « Moisson Rouge » ?
Et pourtant … Jerry était bien le dernier survivant sur Terre. Ce qu’il ignorait, c’est que sa Terre n’en est qu’une parmi d’autres…
Et Jerry a le profil idéal pour intégrer le corps des Éclaireurs au service d’une mystérieuse Autorité. Une Autorité qui dispose du moyen de franchir la barrière des mondes… Vous savez, comme dans « La longue Terre », de Pratchett & Baxter.Sauf que personne n’a demandé son avis à Jerry : « D’ailleurs, on ne te retient pas, tu peux retourner dans ta Terre morte, tu sais ! »
Convenez que l’accueil de l’Autorité n’est guère formidable. Mais comment refuser la chaleur du petit groupe d’Éclaireurs qu’elle a constitué ? peut-être même leur amour ? Et qui est cette Chloé qui l’embrasse subitement pour s’enfuir en pleurant ?

Partez avec Jerry explorer ces mondes mourants ou déjà morts, dans des quêtes énigmatiques et toujours très dangereuses. Expérimentez le frisson esthétique qu’évoquent ces mondes morts, ces mondes désertés par notre humanité ou habités par nos remplaçants.Mais la mort accompagne aussi les Éclaireurs, des amis chers ne reviendront jamais. Pourquoi ?

Trop de secrets entourent Jerry, des secrets qui tuent…

Merveille d’équilibre entre émotions, mystères, aventures et scènes spectaculaires, je recommande ce roman à tout lecteur.

Alain Kattnig

De l’incertitude du genre chez John Scalzi

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Depuis ses premiers écrits, John Scalzi semble cultiver une certaine ambiguïté au niveau des thèmes abordés et de leur traitement. Ainsi, la série du Vieil Homme et la Guerre, heinleinienne en diable, se révèle au fil des pages beaucoup moins belliciste qu’elle n’en a l’air au premier abord. Ce goût de l’équivoque, il l’intègre naturellement dans son écriture en s’adonnant à des jeux littéraires qui, loin d’être anecdotiques, viennent étayer son discours. Dès Les Brigades fantômes, il surprend ses lecteurs en ne dévoilant qu’après une vingtaine de pages la nature extraterrestre du personnage présenté jusqu’alors comme principal. Le procédé est courant en science-fiction (souvenons-nous des toutes dernières lignes de La Planète des singes de Pierre Boulle) mais reste imparable quand il s’agit de susciter l’empathie et d’abattre les préjugés, ou, ici, de provoquer un sourire.

De la même façon, Scalzi s’amuse plus souvent qu’à son tour avec le genre de ses personnages. Dans The Android’s Dream (inédit en français à ce jour), rien ne permet de savoir de quel sexe est Sam Berlant, un ou une informaticien(ne). Tout ce qu’on sait, c’est que Sam est en couple avec un homme prénommé Archie. Outre le défi littéraire qu’implique cette indétermination, il s’agit là pour Scalzi de donner corps à son combat pour le droit à la différence en matière d’orientation sexuelle. En l’occurrence, c’est au lecteur qu’il appartient de décider si Sam est hétérosexuelle, homosexuel ou intersexe… (L’amateur de SF, forcément (?) un peu geek dans l’âme, notera d’ailleurs avec un pincement de satisfaction émue que l’Oulipo désignera ce procédé sous le nom de « contrainte de Turing ».)

Bien entendu, toute la difficulté est de réaliser ce tour de force sans que cela nuise à l’intrigue ni à la lisibilité du texte. Sans doute rassuré par l’absence de réaction de ses lecteurs, Scalzi pousse le jeu encore plus loin dans Les Enfermés. Cette fois, c’est le personnage principal et narrateur du roman qui est concerné.

les enfermés

Les implications du point de vue de l’écriture sont nombreuses. Il devient impossible d’utiliser des pronoms pour représenter le héros ou l’héroïne. Exit le « he » ou « she » anglais. Seul sera employé le prénom, forcément mixte, de Chris. Par ailleurs, il s’agira de veiller à ne laisser percer aucun indice dans ses relations avec son entourage. Ainsi, son orientation sexuelle reste inconnue du lecteur. Enfin, on imagine sans peine quelle difficulté l’auteur aura à décrire physiquement son personnage ! En revanche, sa façon de se conduire en société n’est en rien affectée. Que Chris soit un homme ou une femme ne saurait rien changer à ses talents d’agent du FBI ni à son bagout si caractéristique de la prose de son auteur !

Sur le plan de la traduction en français, les contraintes sont peut-être encore plus nombreuses. Sur toute la longueur du roman, il faudra veiller à ne jamais se retrouver en situation d’accorder en genre un adjectif ou un participe passé. On emploiera donc exclusivement des noms et des adjectifs épicènes, aptes à désigner les deux sexes : à aucun moment on ne présentera Chris Shane comme étant le ou la collègue (ni partenaire, encore moins collaborateur/trice) de Vann Trinh. On parlera plutôt de son « bras droit ». Chris n’est pas le « fils » ou la « fille » de son père, mais son « enfant » ou, plus jeune, son « petit ange ». De même, on bannira, dans les passages au passé composé, les verbes se conjuguant avec l’auxiliaire être. Chris n’est pas « tombé(e) », mais a « fait la culbute ». Enfin, on fera attention à ne rien présupposer de ses rapports avec ses connaissances. Ainsi, le sexe de son ou sa petit(e) ami(e) de fac n’étant pas non plus précisé, on parlera de son « amour ». Là encore, libre à Chris d’avoir la vie sexuelle qui lui convient.

Mais pourquoi diable se donner tant de mal ? Ne pourrait-on pas voir là qu’une simple coquetterie de la part de l’auteur ?

Comme on l’a vu, les motivations de Scalzi sont, au-delà du ludique, clairement politiques. Très sensible à tous les combats féministes, il veille dans ses romans à respecter une certaine parité entre les personnages des deux sexes. C’est particulièrement manifeste dans Humanité divisée. Rien ne justifierait en effet dans cet univers futuriste que les femmes soient encore sous-représentées aux postes clés de la société. (À l’inverse, si l’état-major de l’Intrépide dans Redshirts est exclusivement masculin, c’est justement pour souligner la médiocrité de la série télévisée dans laquelle il officie !)

Il s’agit aussi parfois de bousculer un peu les consciences. Que l’on s’imagine, en lisant Deus in machina, que le personnage ayant pour unique fonction de soulager la libido de l’équipage du vaisseau soit une femme (alors que, là encore, rien dans le texte ne l’indique) en dit long sur nos propres préjugés…

Mais c’est avant tout la logique qui dicte à l’auteur le choix de cette indifférenciation. Dans le monde décrit dans Les Enfermés, une part importante de la population est victime d’une forme de « locked-in syndrome ». Privés du contrôle de leurs muscles, les malades sont prisonniers de leur propre corps. Heureusement, grâce aux progrès de la science, ils ont la possibilité de transférer leur conscience dans un organisme artificiel ou dans un espace virtuel de type « Second Life ». Dans les deux cas, ils sont libres d’afficher ou de dissimuler leur genre. Dans ces conditions, pourquoi une femme serait-elle traitée différemment d’un homme ? Au nom de quoi n’aurait-elle pas les mêmes droits ? Comment imaginer qu’elle reçoive un salaire inférieur pour un travail égal ? Ces disparités, déjà insupportables dans notre monde, deviennent tout bonnement absurdes dans ce futur proche où l’égalité entre les sexes se trouve de facto acquise. Celle entre les « races » aussi, du reste. Évidemment, les instincts discriminatoires de l’humanité trouvent très vite d’autres débouchés, notamment à l’encontre des handicapés. C’est l’un des thèmes du livre.

Par ailleurs, il se trouve que Chris Shane est né(e) malade. Il ou elle n’a jamais contrôlé d’autre organisme que son androïde ou son avatar virtuel. Il est donc cohérent que son rapport à son sexe s’en trouve altéré. Que Chris ait vu le jour avec des organes sexuels masculins ou féminins n’a pu avoir que très peu d’influence sur l’évolution de sa psyché, dans la mesure où ses parents lui ont manifestement offert une éducation libre de tout préjugé. Dès lors, le choix de l’auteur de ne pas décider de son genre semble couler de source.

Tout cela étant dit, est-ce si essentiel ? L’écrasante majorité de lecteurs (à en croire l’échantillon de chroniques relevé sur la page consacrée au roman sur le site de L’Atalante) à ne pas avoir relevé cette ambiguïté en tournant la dernière page des Enfermés sont-ils passés à côté du texte ? Certainement pas ! John Scalzi est le premier à souligner qu’il n’y accorde pas une importance capitale. Libre à ceux qui s’intéressent à ces questions d’y réfléchir. Les autres n’en éprouveront, espérons-le, pas moins de plaisir de lecture…

Mikael Cabon

Sources :

What Sex is Sam Berlant?

Women Characters in The Human Division

Lock In and the Vacuum That Gender Creates

http://whatever.scalzi.com/2014/09/22/in-which-tor-com-reveals-a-thing-i-did-with-lock-in-lock-in-spoiler-thread/#comment-761615

http://oulipo.net/fr/contraintes/contrainte-de-turing

http://www.l-atalante.com/catalogue/la_dentelle_du_cygne/les_enfermes/48/902/john_scalzi/revue.html

Imaginales 2016

Du jeudi 26 au dimanche 29 mai à Épinal, se déroulera la 15e édition du festival des mondes imaginaires : Les Imaginales.

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Vous pourrez rencontrer certains de vos auteurs préférés lors de débats, tables rondes et café littéraire. Une dédicace ? Rendez-vous à l’espace librairie du salon.

BORDAGE2007

Pierre Bordage 

Les dames blanches

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brennanWEB

Marie Brennan

Une histoire naturelle des dragons

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Jean-Claude Dunyach

L’instinct du troll

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Le Sang des 7 Rois – VII

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Gigante – Au nom du fils

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FR Utos 2014 (photo E. Grandvillain) François Rouiller

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Bon festival à toutes et à tous !